Generation to Generation, théâtre et adolescence

Image Aiguë tout au long de l’année est active dans différents réseaux et projets internationaux grâce auxquels naissent partenariats et parfois d’enthousiasmantes collaborations. Chaque rencontre participe à élargir notre paysage théâtral.
Il y a quelques jours, j’étais invité à participer à l’événement final du projet Generation to Generation, une coopération menées par le théâtre Glej à Ljubljana, Likeminds à Amsterdam, Das Letzte Kleinod à Schiffdorf et le Théâtre du Pélican à Clermont-Ferrand. Pour Image Aiguë, j’observe la mise-en-œuvre de Generation to Generation et commente, à partir de l’expérience d’Image Aiguë. Comme notre projet Chôros, cette coopération bénéficie du soutien financier du programme Europe Créative de l’Union européenne.

Cette dernière étape slovène était l’occasion de découvrir certaines des créations réalisées avec des groupes d’adolescents et la production finale, mélangeant de jeunes comédiens de chaque ville. Deux approches sont affirmées : celle du théâtre-documentaire, basée sur l’expression directe des jeunes participants, souvent sur des thèmes les touchant directement; et celle du théâtre à texte, basée sur la commande à des auteurs avec, de fait, une distanciation plus grande.

Il y a un vrai plaisir des participants à se retrouver ou découvrir leurs homologues d’autres villes : une internationale adolescente qui par ses goûts et aspirations dépasse les barrières culturelles. On a souvent cette impression-là d’uniformité des jeunes : ce qu’ils regardent à la télévision, ce qu’ils écoutent, leur pratique de Facebook et des réseaux sociaux, leur relations aux parents, aux drogues, etc etc… Une génération que nous, anciens adolescents, voulons souvent voir comme homogène d’un pays à l’autre : une culture générationnelle globale dont nous soupçonnons peut la diversité.

Pour moi, au-delà de l’expérience théâtrale et humaine que ce projet apporte à tous les participants, il est particulièrement intéressant par l’affirmation de différentes visions du théâtre et de la jeunesse. D’un côté, je percevais qu’il s’agissait de faire du théâtre au service des adolescents, peut-être comme une forme de catharsis pour celui ou celle qui entre dans le processus théâtral. De l’autre, le désir de faire avec des comédiens adolescents pour un public de spectateurs, mettre à distance le personnel pour viser une dimension plus sociétale.

Marko, Inga et Barbara du Glej
Marko, Inga et Barbara du Glej

Une coopération comme Generation to Generation est très européenne en ce qu’elle créé les conditions du dialogue pour dépasser les désaccords. Un érudit du théâtre me disait récemment que les deux visions exprimées dans cette coopération semblaient héritées de deux traditions théâtrales européennes : l’une anglo-saxonne (avec des éléments bruts de la vie sur scène), l’autre française et latine (plus transposée).

Au-delà des confrontations de traditions et de méthodes, un tel projet pose aussi des questions fondamentales au niveau européen comme la relation entre générations, le besoin de faire ensemble, l’intimité… Dans cette coopération, l’Europe surgit où on ne l’attend pas : loin de discussions sans fin sur l’identité, les similarités, les différences, l’Europe, la jeunesse, le théâtre ne sont plus les sujets de discours mais une véritable matière à travailler.

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