L’innovation invisible

Je participais cette fin d’après midi de mars 2016 à la rencontre des compagnies et théâtres conventionnés par la Région Rhône-Alpes, à l’invitation de Jean-Jack Queyranne, pour réaffirmer la politique en faveur de la création (et peut-être pour rappeler les prochaines élections de novembre ?). Tout ceux qui comptent étaient là : des vieux qui ne veulent pas mourir aux jeunes qui pointent dans les lignes d’attente du conventionnement, des maxi-lieux syndiqués aux poils à gratter.

Quelques commentaires à l’issue de cette rencontre.

On a pas mal tapé sur les élus locaux, trop selon moi : les élus régionaux ont-ils une conscience plus haute des enjeux des politiques culturelles que ceux des communes ? Farida Boudaoud insistaient sur la nécessité de former les élus et la nécessaire solidarité du secteur. Et elle a raison. Mais l’entendons-nous ? Elle parlaient également de l’Education Populaire, concept qui fait son retour dans les politiques culturelles et dont se re-revendiquent de nombreux acteurs. J’avais offert le livre de Cassandre/Horschamp Education populaire, une utopie d’avenir aux services de la région et j’espère qu’il fait son chemin à la Confluence.

Vincent Bady intervient sur l’urgence des temps, le besoin de décentrer notre regard sur la société qui nous porte et à laquelle nous participons, de ne plus s’envisager au sommet de la pyramide. Vincent a raison et il ne semble pas compris par l’assemblée. L’action culturelle à bon dos, les enjeux dépassent nos approchent corporatistes.

Je visitais un peu plus tôt le site internet sur la politique d’innovation de la région. A la question « Pourquoi innover? », on y répond :

Assurer de bonnes conditions de vie et d’emploi. Réduire l’exclusion. Renforcer la sécurité sanitaire, environnementale et alimentaire. L’avenir impose de relever dès aujourd’hui de grands défis technologiques et humains. L’innovation est la clé pour y parvenir. C’est tout l’enjeu de la stratégie régionale d’innovation de Rhône-Alpes et de l’engagement des entreprises du territoire

mais la culture n’a pas su y trouver sa place.

Pourtant Vincent Bady, la compagnie les 3–8 et le NTH8 (”le théâtre comme poétique de la relation”) ont inventé beaucoup de formes de coopération entre équipes, de formation de jeunes artistes avec le Compagnonnage, de formats originaux de programmation, de relations aux publics, aux amateurs, aux jeunes, aux vieux.

En région Rhône-Alpes, nous sommes nombreux à essayer, chercher, à nous envisager autrement, et particulièrement les équipes artistiques. Leur force de transformation, leur acharnement, leurs liens aux territoires et à l’international, leurs tentatives de dialogue avec les politiques, d’invention avec la population, leur capacité à mener des projets en dehors des agendas, malgré les vents contraires, sont-ils entendus ? L’innovation culturelle est là, dans des structures légères, des relations parfois informelles.

Dans le TER qui me ramène dans mon petit Marineland des bords de l’Ain, je lis ceci :

En soulignant la nécessité d’une forme de « convergence culturelle » des immigrés, ce framing de la politique de l’intégration répond à une pression politique croissante pour qui les caractéristiques culturelles de certaines populations immigrées sont, au mieux des freins à l’intégration, et au pire, une menace pour l’identité de la France (Lochak, 2006). Lorsqu’elle exige que les étrangers s’acculturent pour s’intégrer, l’action politique se trouve devant l’obligation de définir un contenu culturel de référence, une sorte de benchmark.

Je lis cet article sur les politiques d’immigration et d’intégration et je pense aux droits culturels qu’évoquait Vincent, je pense à ce que notre secteur a du mal à envisager et aux visions que nous devrions initier avec nos élus pour aller de l’avant.

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