Ce que nous avons perdu à la Belle Saison

Est-ce qu’on peut échanger ensemble sur cet article (pardon cette Enquête) Scène: appel d’air pour le jeune public d’ Elisabeth Franck-Dumas parru dans Libération ? Que nous dit-il du jeune public ?

Je trouve cet article très ignorant et vertical dans sa vision du « jeune public » : elle oublie dans son enthousiasme l’histoire (comme lui rappelle un commentateur) et les évolutions de ce « sous-genre » et porte un regard peu subtil sur la majorité des créateurs « jeune public ».

Leur ringardise infâme serait heureusement repêchée par le travail de programmateurs et surtout de quelques artistes travaillant pour les adultes, liés à des institutions culturelles nationales, dont on comprend que eux sont exigeants, ne dégoûtent pas de revenir au théâtre, intéressent les adultes (qui vont déjà au théâtre à priori), trouvent une économie (financière).

Cet article m’a ramené aux débuts de la Belle Saison en Rhône-Alpes.

A la première réunion régionale de ce qui deviendrait une saison nationale spéciale, nous étions des acteurs issus de la culture (équipe artistiques, petits et grands théâtres, auteurs, centre culturels, services culturels), de l’éducation populaire (réseaux FOL), de l’éducation et de la Petite enfance (représentants de l’Education nationale, crèches), des villes de toutes tailles et du rural. Les échanges étaient riches de l’apport des différents « praticiens » de l’enfance, des modes d’actions, de situations sociales, géographiques, économiques variées…

Et la Belle Saison est devenue mission ministérielle, avec un label et un logo, une (micro) équipe à Paris, une calendrier officiel, des partenariats média, un site internet (http://www.bellesaison.fr/ aujourd’hui abandonné et… pollué). Plusieurs initiatives en sont ressortie : pour valoriser l’écriture, favoriser la coproduction, temps forts…. qui semble-t-il avaient besoin de cette impulsion institutionnelle.

Des potentialités offertes par la diversité des acteurs mobilisés par la création artistique vers la jeunesse qui auraient pu explorer de réelles coopérations trans-sectorielles, accompagnées de façons innovantes par les ministères et collectivité, on a ramassé la dynamique dans des formats de projets classiques et plutôt en réponse aux préoccupations du secteur culturel, sous l’égide des DRAC qui animent quelques réunions (d’où son absent les acteurs d’autres secteurs) et financent un peu .

Dans son texte, Emmanuelle Franck Dumas écrit : « le processus de décloisonnement est arrivé à un stade de maturation si avancé que l’on en touche désormais du doigt l’étape ultime, celle où des artistes se préoccupant de création jeunesse viennent d’esthétiques a priori si éloignées de ça que l’adulte accompagnant se demande s’il est bien sérieux d’y emmener des enfants. »

Je lis cette phrase ainsi : on a beau dépasser les cloisonnements esthétiques, on ne modifie pas sans volonté les cloisonnements sociaux.