Inventer les territoires culturels de demain – Journal de formation #1

En mars 2018,  je débute une formation avec l’Observatoire des Politiques Culturels à Grenoble : le Cycle national sur le thème Inventer les territoires culturels de demain. Dans une série de 4 articles, suivant chaque étape à Grenoble, Bruxelles, Madrid et Grenoble à nouveau, je partage mon Journal de formation, exercice faisant partie de la formation elle-même.

De ces quelques jours passés à Grenoble, première étape de la formation, je reviens avec le sentiment gratifiant d’avoir questionné (ou plutôt de questionner puisque le processus est en cours) mes pratiques d’acteur culturel.

La diversité et la richesse des approches et des expériences auxquelles j’ai été confronté traversent et relient de façon nouvelle les différentes facettes de mon expérience, événement d’autant plus stimulant dans ce moment particulier où j’interroge mes aspirations professionnelles et recompose mon métier.

A travers ce journal de bord je souhaite partager ce qui a été particulièrement signifiant pour moi dans les interventions et plus généralement nos échanges, liste chronologique de ce que j’ai surligné dans mes notes.

 

Jour 1

Dans son intervention sur l’histoire de l’OPC (presque 30 ans) Jean-Pierre Saez nous présente la métamorphose des politiques culturelles contemporaines françaises, la montée en puissance des territoires et l’inachèvement de la décentralisation, et simultanément  les échanges plus nombreux avec les voisins d’Europe et au-delà qui « mettent en crise la représentation et le sens des mots ».

Avec le temps, les thèmes d’étude de l’OPC (et plus généralement les enjeux des politiques culturelles) qui se succédaient depuis une trentaine d’années (Europe et réseaux, multilatéralisme, multiculturalisme, fracture sociale, décentralisation…) évoluent aujourd’hui en de multiples crises (finances publiques, numérique, libéralisation du secteur culturel, financiarisation de l’art, écologie, tiraillement des identités…) qui forment « la Grande Transition ».

 

Grenoble, vue du Musée Dauphinois
Grenoble, vue du Musée Dauphinois

Jour 2

Vincent Guillon décrit l’évolution des politiques culturelles vers une normalisation (professionnalisation, discours standardisés, phénomène global de métropolisation) qui empêche la dynamique susceptible de faire face aux crises évoquées précédemment. La notion de Droits culturels (encore revendiquée à tort par la Ministre dans son discours de présentation du plan « Culture près de chez vous ») pourrait ouvrir des voies en ce qu’elle oblige au décentrement des objets et des pratiques artistiques.

D’un point de vue plus « tactique », Vincent évoque dans son intervention la création d’ « alambics » pour récupérer la valeur évaporée de la culture, considérant que ce sont le tourisme, l’immobilier, les secteurs créatifs… qui la récoltent au niveau des métropoles. C’est un enjeux important pour notre secteur, en particulier en période de diminution des budgets publics mais également parce que l’invention de tels appareils nécessitent une stratégie collective et ouverte.

Sur la description de François Pouthier de la « nouvelle donne territoriale », je retiens en particulier l’importance pour les acteurs de participer par les projets culturels à l’écriture de ce qu’on veut construire le territoire (surtout l’intercommunalité!), le fameux récit.

Il souligne également plusieurs enjeux fondamentaux :

  • l’inter-territorialité : instance où l’on dialogue
  • la coopération de l’autorité publique avec le privé (les acteurs)
  • l’inter-sectorialité (médiathèques, spectacle vivant, social, ESS, nature…)
  • l’inter-culturalité, pour mettre la personne au cœur des problématiques

Jour 3

Ouvrant la journée au Musée Dauphinois, Gabi Dolff-Bonnekämper présente une méthode d’étude historique d’un espace social qui consiste à mettre se mettre en mouvement pour découvrir un passé. Elle décrit l’approche, conceptualisée par ses étudiants : les cadres sociaux et les espaces où sont racontés les passés (storyscape), les « traducteurs » qui interprètent et communiquent, les lieux de transmission et les moments mémorables.

Le processus, présenté de façon claire et vivante, pourrait être adapté dans la conception de projets culturels de territoires (ou de coopérations internationales) dont l’enjeu est fréquemment de travailler dans des environnements sociaux spécifiques.

Dans l’après-midi, Olivier Cogne et Jean Guibal ont illustré par leurs façons d’être et leurs présentations respective la transition entre générations d’acteurs culturels et la forte présence des pères fondateurs. Malgré ces transitions et l’évolution des missions du Ministère de la Culture, Jean Guibal nous montre que son état d’esprit n’a lui jamais changé.

La montagne est au bout de la rue (avec voiture et vélo).

Jour 4

Je me sens plus proche dans ma vie de tous les jours des questions posées par le numérique que celles du patrimoine. Ces technologies nous les utilisons personnellement (et plusieurs ont exprimé leur méfiance/défiance) et nous en bénéficions fortement au quotidien, sans nous en rendre compte. Le numérique a ouvert de nouvelles perspectives et modes de pensée que le secteur culturel s’est encore peu appropriés.

De cette journée particulièrement marquée par l’intervention d’Hervé Le Crosnier, j’ai retenu surtout les notions de Culture participative et des Communs. Elles ne me sont pas étrangères mais leur présentation concrète et illustrée m’a permis de percevoir, pour les projets culturels auxquels je participe, des possibilités d’évolutions en changeant de paradigme. Et certainement également une façon d’aborder les blocages sectoriels, politiques, évoqués précédemment.

Jour 5

La dernière journée menée par Carole le Rendu m’a également apporté un éclairage sur mes pratiques professionnelles, surtout celle associative où « co-agissent » bénévoles et salariés, ainsi que sur la situation particulière créée par les coopérations entre structures pour lesquelles la dimension des ressources humaines n’est souvent pas pensée.