Inventer les territoires culturels de demain – Journal de formation #2 Bruxelles

A Grenoble, on était un peu resté sur le sentiment d’être les organes d’un corps culturel à bout de souffle, trouvant ses dernières ressources dans l’exploitation à vide de ses paradigmes historiques ou pressant à vide (également) ses éléments. Plusieurs leviers de changement nous étaient suggérés, mais par où commencer pour déplacer une montagne ?

Des bières partagées « A la Mort Subite », près de la Grande Place

Je suis attaché à Bruxelles pour y avoir vécu une partie de ma jeunesse, chaque séjour y est aussi important pour entretenir les relations amicales développées au fil de mes parcours européens.

A Bruxelles j’étais donc en terrain familier, et en même temps il y avait quelque chose de très nouveau pour moi à côtoyer Bruxelles comme une ville en soit et pas seulement comme carrefour des réseaux culturels européens.

Jour 1

Le concept des Droits Culturels présenté par Patrice Meyer-Bisch et Mylène Bidault m’est lui aussi à la fois familier et nouveau. J’en avais entendu parler durant mes études (il y a 20 ans ?) mais en gardais le souvenir d’une démarche philosophique de la Culture qui cherchait à influencer les cadres institutionnels des politiques culturels. Pourtant à Bruxelles, comme pour d’autres participants à la formation, les éléments fondant les Droits Culturels m’ont semblé faire partie de ma pratique.

L’approche de la culture par les capacités des personnes et le schéma des Dialectiques de l’identité au centre duquel se fonde l’espace l’espace de conscience, de liberté de l’individu, mais également les visées pacificatrices et démocratiques des Droits Culturels (libre détermination des individus, expression d’une vision du monde, participation à la vie culturelle…) sont très en correspondance avec la démarche de création et la philosophie de la Compagnie Image Aiguë pour faire du théâtre.

En quelque sorte, j’ai perçu les Droits Culturels comme un « guideline » civique (pour reprendre le vocabulaire des dossiers de subvention de l’UE) sur lesquels s’appuyer dans nos démarches professionnelles. Les présentations de Luc Carton puis Sandrine Mathevon en était des exemples très concrets dans les processus mis en œuvre dans les 115 Centres Culturels de Wallonie articulant pensée politique, opportunité institutionnelle, démarche expérimentale et participative, long terme, transversalité sectorielle…

J’interrompais ici la rédaction de ce journal, le 6 juin 2018, quelques jours avant d’entamer le 3ème volet de la formation à Madrid. Et puis ces longues promenades “orientées” à travers la ville, les discussions avec mes camarades et la relecture de mes notes ont fait remonter à la surface du bouillon bruxellois réchauffé par la chaleur madrilène plusieurs ingrédients plusieurs morceaux de ce “food for thought”.

  • les références culturelles : des savoirs incorporés qui donnent accès à d’autres savoir, ouvrent l’interprétation et conduisent le sens (comme le repas!)
  • la santé de l’éco-système comme bien commun, le besoin de l’intelligence des autres et du croisement des savoirs pour construire une intelligence collective (une communauté culturelle)
  • la nécessité de se dé-corporer : quitter une “peau culturelle” (un système de relation au monde) pour pouvoir en appréhender un autre
  • l’approche stratégique (l’équation du Général Beaufre : S=k𝜸Ft) Une stratégie (plutôt à court terme basée sur les moyens) ou une stratégie indirecte (plutôt de long terme : basée sur le capital humain). En complément aux outils évoqués précédemments, mobiliser les ressources disponibles (parfois insoupçonnées) pour atteindre un objectif.
  • A différents niveaux (personnel, collectif, d’une organisation), les stratégies se composent, s’accompagnent l’une-l’autre et parfois divergent. Nous pouvons être porteur, individuellement, d’une stratégie que nous mettons en œuvre (souvent indirectement!) dans les projets que nous réalisons ou bien dans nos structures.
  • Travailler un imaginaire de la connexion : l’Europe comme un système de connexions entre villes et non des territoires agglomérés, la route qui connecte contre la frontière qui délimite, la ville envisagée comme un destin commun (le rôle des artistes est de le raconter) contre la nation qui impose ses propres références, essentiellement historiques
  • Et au-delà, la notion de transition est une vision politique (transitions vs ruptures)

 

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