Transports en commun

Osman Kavala Free! (Channel Draw)
Osman Kavala Free! (Channel Draw)

J’ai rencontré Osman Kavala en 2006, nous envisagions avec Image Aiguë de faire un projet à Istanbul, il m’a suggéré que nous travaillions également à Diyarbakir. C’est ce que nous avons fait. Je l’ai revu presque à chaque fois que je passais à Istanbul. C’est quelqu’un que j’estime beaucoup : homme d’affaire, acteur majeur de la société civile et de la culture, héraut de la démocratie.

Depuis mon premier voyage en 2006, pour la réunion du réseau IETM, je suis retourné de nombreuses fois à Istanbul. 2010 était alors un horizon joyeux (Istanbul Capitale Culturelle Européenne), la célébration d’une ouverture culturelle, un très fort espoir d’ouverture. Et puis ce fut une année catastrophique.

J’ai de nombreux amis en Turquie et j’entends depuis plusieurs années les histoires d’une république de plus en plus dictatoriale. En soutien à Osman Kavala, emprisonné depuis plusieurs semaines, je publie quatre articles tirés du Tumblr d’Image Aiguë et quelques photos et videos des projets de la Compagnie à Diyarbakir.

Dimanche 19 septembre 2010

[…] Le décalage entre l’attente du groupe néerlandais et les acteurs culturels locaux était saisissant. Ils attirent assez naturellement la sympathie des acteurs occidentaux par la situation sociale difficile et leur lutte pour la liberté d’expression. Pour ne m’en tenir qu’au théâtre, l’usage du kurde est présenté comme une priorité pour l’apprentissage artistique (le Centre Culturel de Kayapinar serait le premier à donner des cours en kurde) et les représentations, afin de véhiculer des idées auprès du public kurde (limite propagande parfois…).

A Diyarbakir il y a peu de groupes théâtraux et il est difficile d’établir une hiérarchie de niveau entre les comédiens : la limite entre professionnels et amateurs locaux est floue, il semble que ce soient les mêmes qui forment sans avoir forcément eux-même suivi un cursus adapté ou avoir une expérience significative, les artistes (et le public) ne trouvent des points de référence extérieurs que dans les livres.

Le besoin “d’ouvrir les imaginaires” est évident, mais ne semblait pas d’actualité dans le contexte politique.
Cependant, les responsables culturel et les artistes eux-mêmes semblent avoir conscience de ces limites, ils sont demandeurs de connaître d’autres démarches et plusieurs  “workshops” avec des metteurs-en-scènes étrangers ont été organisés (avec le Riksteatern notamment à DSM)(on ne nous a pas parlé de formateurs turcs…). De plus la ville va bientôt ouvrir son Conservatoire : il y aurait donc 3 conservatoires à Diyarbakir, celui d’Etat, celui de Kayapinar et celui de Diyarbakir. Si évidemment le conservatoire d’Etat est dans sa bulle, quel sera le lien entre les deux autres ? Quels programmes pédagogiques ? Quelles débouchées pour les étudiants ?

Plutôt que des “workshops” (en dehors du metteur-en-scène italo-canadien qui travaillait la méthode d’Augusto Boal avec le Théâtre Municipal, Image Aiguë me semble être la Compagnie étrangère la plus présente…) le besoin me semble être dans une démarche suivi et l’établissement d’un vrai programme pédagogique, sans que l’usage du kurde ne soit une contrainte à la recherche de qualité artistique.

Bien sûr, les productions théâtrales de Diyarbakir ne sont pas “exportables” en l’état : pas suffisamment originales, très auto-centrées, un niveau théâtral qui n’a pas l’air exceptionnel (à priori, car nous n’avons pas vu de répétitions ni de spectacle…). C’est plutôt en terme de coproduction que doivent s’envisager les projets : c’est également l’imaginaire des producteurs qui doit être ouvert. Le rôle des artistes sera majeur dans une telle démarche et la collaboration artistes/structures de production-diffusion essentielle.

Et puis la question du public. Le public turc viendra-t-il plus voir un spectacle turc dans un théâtre où il ne va jamais ? (je me souvient de cette programmatrice dépitée parce que le concert de Faudel n’avait pas ramené dans son théâtre le public de jeunes maghrébins qu’elle ciblait…). Et le public de Diyarbakir ? Personne ne semble vraiment le connaître, on travaille toujours pour une masse abstraite.

 […]